Le réemploi des matériaux, filière à développer

Le remploi des matériaux, filière à développer

© Adag-Caladoise

Face à la pénurie des matériaux, la solution pourrait venir d’un circuit parallèle : le réemploi. Chaque année, ce sont en effet des milliers de produits neufs qui finissent à la benne au lieu de trouver une nouvelle utilisation. Cette démarche pourrait être salutaire pour le secteur, mais pose toutefois la question des garanties.

Publié le 05 avril 2022 par Estelle Guiton

Une formule miracle contre la pénurie ?

La pénurie est bien là et touche désormais quasiment toutes les branches du BTP. Bois, acier, mais aussi briques et équipements électriques, pour ne citer qu’eux, font défaut sur les chantiers dans un contexte économique jamais vu. Tandis que la menace de l’arrêt des chantiers et d’une hausse inconsidérée des coûts de construction se profile, la solution pourrait-elle venir du bâtiment lui-même ?

S’il est souvent évoqué le recyclage des matériaux, une autre démarche tend à faire parler d’elle : le réemploi des produits. Derrière cette idée vient celle de la chasse au gaspi, d’autant qu’il s’agit de produits neufs qui finissent en déchets faute d’avoir trouvé une nouvelle utilisation. Si les premières structures se sont mises en place, la part estimée de réemploi sur les chantiers était jusque-là limitée à 1 % de la totalité des matériaux utilisés, tandis que près de 5 millions de matériaux neufs partent à la benne chaque année.

Des matériaux neufs en attente d’emploi

Pourtant, il est ici bien question non pas de produits de seconde vie, mais bien de matériaux neufs jamais posés. Chutes de carrelage, de sols souples, surplus de peintures, fins de série… les sources sont multiples, allant de l’achat en plus par les entreprises aux produits qui ne se vendent pas pour les négociants. Tous ont en revanche une même issue : la destruction.

L’utilisation de ces éléments au rebut a cependant deux avantages. Le premier est de compter pour zéro dans le calcul global du bilan carbone des travaux de construction ou de rénovation. L’autre est de bénéficier de l’adhésion des professionnels avec 82 % d’entre eux qui disent faire de ce sujet une priorité d’avenir. Reste alors à franchir le pas et organiser cette filière. Pour cela, certaines barrières sont aussi à lever, un impératif pour avancer dans cette voie.

Entre obligation et garanties

Ce chantier devient prioritaire, d’autant qu’il entre dans le cadre de la nouvelle mesure en place depuis le 1er janvier 2022 visant à une meilleure gestion des stocks pour éviter le gaspillage. Le simple emploi des matériaux neufs non utilisés permettrait de diminuer de 7 % la part des déchets générés par la filière BTP.

Pour y arriver, plusieurs pistes sont avancées telles que l’obligation d’une zone de dépôt sélective sur tous les gros chantiers afin d’organiser la récupération des produits non utilisés, ou la mise en place d’un cahier des charges imposant sur chaque opération un taux minimal de matériaux réemployés.

Dans tous les cas, un autre point est à résoudre en priorité, celui de la garantie de ces matériaux. En effet, leur usage doit pouvoir disposer des mêmes protections que les produits neufs. Or, à ce jour, la garantie décennale ne prend pas en compte le réemployé, limitant naturellement son utilisation.

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